Avant même l’arrivée de cette crise sanitaire, les commerces sur Bourgoin-Jallieu ne tenaient pas la grande forme. Le taux de vacance au niveau national était de 11 % en 2018. Et sur Bourgoin-Jallieu ?  Quel aura été l’impact du Covid-19 une fois le confinement terminé ? Quelles solutions sont envisageables ? Cette réflexion sur les commerces de proximité doit tenir compte des 3 états à analyser, c’est à dire avant la crise sanitaire, pendant et à la sortie du confinement.

« Nous sommes en dessous de la moyenne nationale » selon le maire LES RÉPUBLICAINS de Bourgoin-Jallieu

« Aujourd’hui, en 2014, les commerces souffrent notamment en raison des problèmes de stationnement. Les grandes entreprises désertent Bourgoin-Jallieu au profit des communes environnantes, où elles sont mieux accueillies, nous privant des créations d’emploi correspondantes… nous avons un taux de chômage supérieur de 6 points à la moyenne de l’Isère » disait le maire de Bourgoin-Jallieu. Mais il avait, semble-t-il déjà pris conscience des difficultés, les a-t-il solutionnées ? A-t-il résolu les problèmes économiques ? L’État en a pris conscience, a réfléchi au problème et a mis en place « l’action cœur de ville ». Bourgoin-Jallieu y a adhéré. Mais en quoi consiste-t-elle ?

Projet cœur de ville

En 2016, un rapport notait un taux de vacance important des magasins du centre-ville. Evoluant de 7 % en 2012 à 11 % en 2018. Donc l’Etat a décidé d’investir 5 milliards d’euros afin que 222 communes puissent en bénéficier. Les autres communes aussi ont compris l’importance du problème et mettent en avant certains leviers comme un manager du centre-ville, création d’événements pour attirer du monde, facilitation des accès en voiture comme le transport en commun et préemption des locaux à des fins de remembrements. La mixité de la typologie des activités comme le commerce, l’artisanat, l’administration, les enseignes nationales et les commerces locaux peuvent susciter l’attractivité et la différenciation. La ville de Biarritz (25 000 habitants) peut être citée en exemple car elle à seulement 2 % de taux de vacance. Ceci s’expliquerait par « un tissu socio-économique plus favorable que la moyenne et une forte attractivité touristique ». Les expériences réussies de certaines communes montrent que la reconquête commerciale du centre-ville nécessite de concevoir un projet politique reposant sur une action volontariste à toutes les échelles du territoire et répondant à deux problématiques essentielles :

  • quelle place accorder au centre-ville dans l’armature du territoire ?
  • quelles fonctionnalités lui donner (lieu de rencontre et d’animation, marchand, patrimonial, touristique…) ?

Et sur Bourgoin-Jallieu ?

Chez nous le taux de vacance en 2018 serait de 8,73[1] % d’après la mairie. Sur les 345 commerces implantés dans l’hyper-centre, avec 33 magasins fermés, le taux de vacance commercial atteint les 8,73% . (..) Au total, ce sont 1 267 emplois qui se trouvent dans ce secteur.

Tentons d’analyser objectivement les causes. Une première explication pourrait être liée à la concurrence de la grande distribution. Effectivement, les Berjallien.ne.s vont faire leurs achats dans les centres commerciaux. Nous pouvons évoquer le développement des ventes en lignes. Les parkings sont payants, est-ce une raison pour expliquer l’absence des gens dans le centre-ville? Peut-on parler d’un centre-ville non animé ? Est-ce un problème de transport lié aux coûts et à la desserte mal pensée ? Le prix des loyers est-il considérablement élevé dans les centres villes ?

Les raisons sont nombreuses comme nous pouvons le voir et certainement d’autres auxquelles on ne pense pas.

L’impact de la crise sanitaire

Pendant deux mois, beaucoup de commerces du centre-ville et des quartiers périphériques sont  restés fermés.Plus de restaurant, plus de magasins de téléphones, plus de magasins de produits blancs, plus d’enseignes culturelles, plus de magasins de vêtements… Seules les boulangeries, les magasins alimentaires, les magasins de fruits et légumes frais, tabacs et les pharmacies sont restés ouverts.

 

Chez les commerçants, deux tiers des commerces sont restés fermés et un tiers restés ouverts.  Pour certains le chiffre d’affaire a subi baisse significative. Par exemple lorsqu’on se rend dans une grande surface, on en profite même pour acheter son pain. Ce qui signifie que le boulanger subit ainsi, une baisse de son chiffre d’affaire, même s’il est ouvert.

Accompagnement des commerçants par l’Etat pendant cette crise.

L’État a mis en place des allégements fiscaux, facilité le chômage partiel pour les employés, des reports de loyers pour faciliter le maintien des commerces et ainsi éviter les faillites. Est-ce suffisant ? Faut-il annuler ces dettes accumulées pendant cette crise ? Il a aussi mis en place une aide financière sous certaines conditions. L’aspect économique est aussi important et à souligner dans cette crise. Pas de travail, revenu en baisse…

Cette crise sanitaire a-t-elle de fait privilégiée d’autres canaux de distribution ?

On peut se poser la question de savoir si la fermeture des commerces traditionnels a permis à d’autres commerces d’augmenter leurs ventes et parallèlement leur chiffre d’affaire ? On peut imaginer que le fait de rester confinés à la maison nous pousserait à une intense consommation sur Internet. Deux obstacles semblent contrebalancer cette analyse : le drive a vu son utilisation croître de façon importante.  La distribution directe, entre producteur et consommateur, sans intermédiaire, a vu aussi sa demande augmenter.

Problème de personnel

Les livraisons du e-commerce sont effectuées en moyenne au bout de 3 semaines.  L’explication est due au manque de personnel. Effectivement, comme tous les secteurs d’activité, le secteur de la logistique souffre des mêmes carences qu’ailleurs (personnel malade, manque de masques, etc..). Donc ce que nous pouvions faire auparavant en 2 ou 3 jours, nous le faisons en 2 ou 3 semaines. Une autre partie de l’explication serait peut-être de privilégier les produits alimentaires commandés.

La fin de la crise

Petit à petit, certains commerces vont sortir de cette crise mais cela sera compliqué. On parle de deuxième vague, on parle de vaccin pas avant un an, on évoque la Chine comme modèle… Les commerces vont rouvrir mais le problème reste entier.

Problème de trésorerie

Les commerçants ont un problème de trésorerie, de besoin en fond de roulement et le financement du stock de matière première.

En imaginant que certains commerçants avaient des économies celles-ci ont été consommées pendant les semaines de non activité. Le problème se posera pour l’achat de matière première. A court terme, nous allons au-devant de problèmes très graves.

Existent-ils des solutions ?

Oui naturellement, il existe des solutions. Elles peuvent peut-être passer par :

  • Augmenter les achats en ligne pour les commerçants en mettant en place une stratégie adéquate afin d’augmenter ces achats en volumes et valeurs.
  • Rendre gratuit quelques de loyers.
  • Exonérer les terrasses de bars restaurants de redevances.
  • Annuler temporairement les droits acquittés par les maraîchers sur les marchés.
  • Organiser dès que possible, des animations commerciales le samedi afin que les boutiques puissent écouler les stocks invendus et avoir un peu de liquidités.
  • Proposer un report(après accord avec la Trésorerie Générale) de 6 mois du paiement de la Taxe Foncière pour l’ensemble des commerçants de Bourgoin-Jallieu.
  • Organiser une Fête du Commerce mensuelle sur 2 ou 3 jours sur le long terme…
  • Faire une campagne de publicité massive sur notre zone de chalandise, une campagne radio et réalisation de vidéos de promotionnels de nos commerces.
  • Inclure une clause préférentielle de commande publique « Ville » auprès des commerçants de Bourgoin-Jallieu en privilégiant la proximité dans notre cahier des charges.

..Et comment les financer ?

Une solution serait d’utiliser les économies réalisées sur cette période afin d’aider les commerçants en difficultés. Par exemple en utilisant des budgets comme celui d’évènements qui auraient été annulés. Les budgets de fonctionnement de certains services qui ont réduit leur activité. Il faut réfléchir encore et trouver des solutions. Laisser les commerçants berjalliens baisser pavillon n’est pas envisageable.

L’autre solution consisterait à aller demander des aides au Département, à la Région, à l’État,  à l’Europe. Et enfin, être en capacité de remettre en question certains dossiers, car c’est aussi cela, de diriger une ville : être pragmatique et non dogmatique.

Vincent Chriqui a déjà annoncé juste après la sortie de confinement qu’il engerait un certain nombre de ces actions pour un coût de 145 000 €. Reste à savoir maintenant si les faits seront suivis des paroles et si les actions choisies correspondent aux réelles attentes des commerçants.

Michael AYDIN

AYDIN Michael